Ma planche de balade idéale


Mon programme étant de faire de grandes balades (entre 20 et 50 km) à la journée, j'ai longtemps cherché la planche idéale pour ça. Je la voulais rapide mais stable, marine, et longue, plus de 4 mètres (13’2”) pour sortir de la catégorie « engin de plage » interdisant les sorties à plus de 300 mètres du rivage.

Sont considérées comme engins de plage :
• (...)
les embarcations mues exclusivement par l’énergie humaine dont la longueur est inférieure à 4m ou la largeur est inférieure à 0,45 m. (...)
Les engins de plage effectuent des navigations diurnes qui n’excèdent pas 300 m de la côte. Pour ces derniers, aucun matériel de sécurité et d’armement n’est requis.
division_240_version_consolidee_05_juillet_2012.pdf
.
Je ne sais pas si un SUP de 4 mètres a le droit d’aller à plus de 300 mètres. Ce que je sais, c’est qu’un SUP de moins de 4 mètres (un 12’6” par exemple) EST un engin de plage et n’a pas le droit de s’éloigner, et qu’un SUP de plus de 4 mètres N’EST PAS un engin de plage, mais je n’ai pas compris ce que c’était exactement. Apparemment il y a un gros flou juridique, mais dans tous les cas la limite à 4 mètres est réelle et le choix d’une longueur supérieure s’impose, au moins pour naviguer en France. Cette taille réduit déjà énormément le choix des planches disponibles sur le marché. Les modèles de 14’ sont peu nombreux, généralement typés race, chères, fragiles et rares sur le marché de l’occasion, et même sur le marché du neuf en France.

Je voulais aussi que ma planche de balade soit rapide sur le plat mais pas gênée par les petites vagues. Pas une planche de flat, mais pas non plus un flotteur de downwind bananée au détriment de la longueur à la flottaison (qui est synonyme de vitesse). Stable pour mon gabarit (1.83/92 kgs) mais pas trop large, autour de 29”, elle devait être équipée de fixations pour les sacs et d’un insert de remorquage (obligatoire sur toutes les embarcations à plus de 300 mètres de la plage), des choses qui n’existent pas sur les planches de race. En gros, après avoir eu l'occasion d'essayer la Bic Wing avec laquelle Joëlle Terrien a ramé de Marseille à Rome en septembre 2013, je cherchais la même avec 15 cm de plus. Rien de bien extraordinaire, mais je ne trouvais pas.

Je voulais en plus qu’elle soit munie d’une petite dérive escamotable pour l’équilibre au vent de travers, mais ça, je savais déjà que ça n’existait pas et que je devrais l’ajouter.

J’étais à 2 doigts de la shaper moi-même, j’avais déjà demandé à Pierrot, notre spécialiste national des carènes de stand up paddle que je remercie au passage, de réaliser les plans (lire son excellente étude “Des carènes de SUP race” téléchargeable ici). Il est aussi un grand partisan des dérives sur les SUPs et je n'ai pas eu besoin de le persuader d'en prévoir une.

Mais je n'ai aucune expérience du shape et j'avais un peu de mal à me lancer sans être trop certain de ce que je serais capable de faire, d'autant que je préfère passer du temps sur l'eau que les mains dans la résine.



C'est alors, en septembre 2013, que je suis tombé sur ce F-one 14’ d’occasion, planche de race d’ancienne génération, un peu trop large pour être encore compétitive en course, mais apparemment idéale pour ce que je voulais en faire. Après un essai rapide mais convainquant, je l’ai ramenée à la maison et j’ai commencé à la préparer en ajoutant les éléments suivants:


- insert de leash à l’avant, pour avoir un anneau de remorquage/ de mouillage

L’anneau de remorquage est obligatoire au delà de 300 mètres, et ça peut servir si je suis en difficulté et que je doive me faire ramener. Accessoirement, en croisière, il permet d’amarrer le SUP derrière un bateau pour le tirer sur de petites distances. Je m'en sers aussi parfois pour « jeter l’ancre » : un petit grappin léger que j’emporte parfois en balade et que j’utilise pour m’arrêter dans de petits criques rocheuses quand c’est un peu compliqué de poser la planche à terre sur les cailloux et qu’il vaut mieux la laisser dans 50 cm d’eau et débarquer à pied.


- fixations autocollantes NSI pour attacher la pagaie de secours à l’avant

J'utilise la pagaie “Hawaiian kit” de GoldenBoard. C'est la petite soeur (1,30 m) de ma pagaie principale. Sa pale est interchangeable avec celle de la pagaie principale, pratique en cas de casse, mais aussi avec son manche, ce qui permet d'obtenir une belle pagaie double très efficace pour ramer assis contre le vent, et d'emboîter les 2 manches restants pour les sangler sur le pont.




- fixations autocollantes NSI pour le sac étanche

L’avantage de les poser soi-même est qu’on peut les positionner parfaitement en fonction de la taille du sac.
Pour fixer le sac, j’utilise des sandows faits maison et coupés à la bonne longueur. Je trouve ça plus pratique et plus fiable que les élastiques en continu qu’on trouve sur les planches de série. Ce système permet de passer les sandows dans les bretelles du sac et donc d'être certain qu'il ne pourra pas s'échapper.


- un petit velcro au tiers arrière du pont, sur le côté, pour accrocher le leash quand je ne l’utilise pas.



- un puits de dérive et un système d'élastique...

...pour bloquer la dérive en position haute. Les grands SUPs sont généralement très désagréables à utiliser vent de travers car la prise au vent de l'étrave et surtout du rameur tend à faire pivoter la planche autour du pivot que constitue l'aileron arrière. La dérive, testée sur ma planche précédente, contrebalance l'action de l'aileron et permet ainsi au SUP d'être parfaitement équilibré, et donc de demeurer facile à ramer. L'encoche dans la tête de bois permet de la relever facilement avec la pagaie. Pour la baisser, il suffit de la tirer légèrement en arrière, toujours avec la pagaie, et elle descend toute seule. Je l'utilise tout le temps au dessus de 10 noeuds de vent, entre le vent de face et le 3/4 arrière. Outre le fait d'équilibrer la planche et de la rendre très douce, cette dérive s'oppose au roulis et augmente de ce fait la stabilité du flotteur. Elle réduit aussi sensiblement la dérive au près et au travers.



L'équipement

(à titre indicatif et sans publicité)



Comme écrit plus haut, les textes ne précisent pas jusqu'où un sup de plus de 4 mètres est autorisé à aller. Par contre, ce texte-ci décrit clairement ce qu'il faut avoir pour s'éloigner à plus de 300 mètres et moins de 2 milles de la côte.

• un gilet d'aide à la flottabilité homologué CE de 50 newtons au moins. On n'est pas obligé de le porter. J'ai choisi ce modèle pour sa couleur jaune fluo, en me disant que si un jour j'ai besoin de le mettre, j'aurai peut-être aussi besoin d'être repéré sur l'eau. Il est assez compact.

• un dispositif de remorquage : un point d'attache à l'avant, et un bout de longueur suffisante. Celui-ci, rouge, est beaucoup trop long, un morceau de 10 mètres doit suffire, mais ça me permet de rallonger le bout de mouillage.

• un moyen de repérage lumineux, à acheter dans un magasin d'accastillage. J'ai une petite flash light étanche que je garde emballée/scotchée dans un sac congélation. Ça me semble d'une efficacité douteuse en plein jour, mais c'est la loi.

• le moyen de remonter à bord, je pense que le leash fait l'affaire, ça concerne plus les vrais bateaux hauts sur l'eau. Ne JAMAIS partir en rando sans mettre le leash. En cas de chute, une planche de sup peut dériver très vite sous l'effet du vent, et même si on récupère la planche, on aura ensuite du mal à retrouver la pagaie qui elle n'aura pas dérivé.

C'est le matériel obligatoire. J'y ai ajouté :

• une VHF portable car j'en avais une, mais sinon je m'en passerais. J'aime bien la VHF pour deux raisons :
- en rando, on ne sait jamais si le téléphone captera
- en cas de j'ai un pépin, je préfère essayer d'appeler un plaisancier de passage que de déranger le Cross-med ou la SNSM

• un petit grappin de 700 grammes qui me permet de "jeter l'ancre" dans 30 cm d'eau dans les petites criques rocheuses où il n'est pas facile de poser la planche à terre sans l'abîmer.

• une copie du texte de la division 240 pour prouve si besoin que non, ce n'est pas un engin de plage.

Le tout dans un sac étanche attaché sur le pont et que je n'ouvre jamais en mer. Poids total : 2,8 kg. Pour ne pas avoir à l'ouvrir, j'emporte aussi un petit sac non étanche dans lequel je mets les boissons et les sandwiches (dans un sac congelation, ou des sandwiches sous plastique genre Sodebo.)


J'emporte enfin un téléphone rangé dans un sac congelation, et que je porte dans une banane étanche.