Pourquoi une dérive sur un SUP ?

(Le sujet a été largement discuté sur forumdesup.com ici, je ne fais que synthétiser)

Le 23 mars 2013, ma première sortie par 15 nœuds de vent de travers, je me suis aperçu (comme tout le monde dans la même situation) que les SUPs ne sont pas du tout bien équilibrés “sous voiles”. C'est logique : la poussée du vent s'exerce essentiellement sur le rameur, et sur l'avant de la planche si celui-ci est haut sur l'eau. Disons qu'elle située un peu en avant du centre de la planche. Cette force pousse la planche en travers pour la faire dériver, et la seule chose qui s'oppose à cette dérive est l'aileron, placé très en arrière. Le vent pousse au milieu, l'aileron retient l'arrière, et donc la planche tourne autour du pivot constitué par l'aileron : l'avant de la planche tombe sous le vent. La même poussée existe sur toutes les embarcations offrant de la prise au vent, et dans presque tous les cas la réponse est la même : opposer à la poussée du vent une surface plane (quille, dérive, carène profonde) et faire en sorte que le centre de cette surface soit à peu près aligné avec la poussée du vent pour éviter l'effet de pivot. C'était notamment ce qui se faisait sur les premières planches à voile. Les seuls engins à pouvoir se passer de surface anti-dérive centrale sont ceux permettant une prise de carre qui s'opposera à la force de dérive : le windsurf, le kite... mais pas le SUP de balade ou de race sur lequel la prise de carre reste anecdotique.

Donc pour moi pas de doute possible et pas de raison que les SUPs échappent à la règle générale : pour être équilibrés et donc agréables aux allures où le vent exerce une force transversale (vent de travers mais aussi près et 3/4 arrière) , il est nécessaire de recentrer le centre de dérive à ces allures. Le lendemain, j'apprends que Pierrot écrit exactement la même chose sur le forum. Ça me conforte dans mon impression et je décide d'explorer cette voie.

La solution la plus simple, utilisée aux USA par le créateur d'ailerons Larry Allison, est de placer un boitier d'aileron en avant du centre de la planche et d'y mettre un petit aileron fixe, voir ici. D'après les avis des utilisateurs ça fonctionne, mais le fait que l'aileron soit fixe et donc ne pas pouvoir le mettre ou l'ôter en navigation me gênait un peu. J'ai quand même voulu tester le principe, et j'ai donc collé un boitier US sous ma 12'6” (photo) pour voir ce que ça donnait. Ça manquait d'élégance, mais présentait l'avantage d'être vite fait sans devoir percer la planche, d'être immédiatement opérationnel et facile à démonter. L'utilisation d'un boitier permettait aussi de changer facilement d'aileron et donc de tester différentes tailles pour trouver l'équilibre. J'ai donc pu donner mes premiers coups de pagaie sur un SUP équipé de deux ailerons, donc mieux équilibré, et pas de doute, ça marche. L'aileron fixe rend la planche un peu pataude et pas facile à diriger, mais elle a beaucoup moins tendance à pivoter vent de travers. Les premiers résultats me donnent le courage d'aller plus loin et de percer la planche pour y insérer un puits de dérive.

Pose de la dérive sabre sur le Redwood Paddle 12'6”

Je me lance. Étape 1 : fabrication du puits et de la dérive. La dérive est une simple lame de tissu unidirectionnel/résine moulée entre 2 planches de bois et 2 tasseaux. Le puits est un tube de tissu de verre/résine polyester moulé autour d'une planchette cirée de 7 cm. de large par 5 mm. d'épaisseur dont j'ai arrondi les chants, sur une longueur de 30 cm qui sera recoupée une fois le puits inséré dans la planche. Pour faciliter le démoulage du puits, j'ai procédé en deux temps : d'abord une seule couche de mat de verre fin autour de la planchette. Après polymérisation, j'ai coupé la fibre sur toute la longueur sur un des chants de la planchette, de façon à pouvoir ouvrir le puits en deux et sortir la planchette. Puis j'ai refermé le puits, j'ai recollé la découpe, et j'ai remis quelques épaisseurs de strat tout autour. Ensuite, marquage des découpes de la planche au dessus et en dessous. Le plus difficile est de trouver l'axe de la planche pour tracer bien au milieu. J'ai donné un angle d'environ 30°, ce qui correspond à faire le trou de la carène une demi-épaisseur de planche derrière le trou du pont. Donc pour un flotteur de 20 cm d'épaisseur et un angle de 30°, le trou du bas doit être 10 cm derrière le trou du haut. Ensuite, découpe du pont et de la carène à la Dremel (l'outil indispensable pour ce type de travail). J'ai découpé en laissant un petit jour d'environ 2 mm. tout autour du puits et en biseautant vers l'extérieur les bords de la découpe. Ensuite, j'ai découpé le polystyrène au couteau à pain. Sur la photo, le trou dans la carène, et le puits de dérive près de mon pied. Ensuite, j'ai coupé le puits de dérive à la bonne longueur,en laissant environ dépasser 2 millimètres de part et d'autre de la planche.
Ensuite vient le moment le plus délicat. Il faut positionner le puits de dérive et s'assurer qu'il est à la fois bien centré et parfaitement perpendiculaire à la planche. Le mieux est d'y mettre la dérive ou une planche bien droite et de travailler à l'oeil, ou avec une équerre si le SUP est suffisamment plat. Après m'être assuré le puits était bien positionné et bloqué avec de petits cales, avoir retiré la vis de décompression pour éviter les bulles si la planche chauffe un peu, sous le soleil par exemple, et avoir obstrué le trou du bas et délimité le champ opératoire du haut avec du chatterton, j'ai coulé dans le puits un mélange d'epoxy et de charge. J'ai choisi cette charge pour ses qualités de résistance en compression. La résine, même chargée, se faufile partout et va remplir l'espace entre le puits et la mousse, tout en étanchéifiant la mousse. Par contre, elle coule doucement, il faut en remettre régulièrement autour du trou et la laisser pénétrer, ça peut prendre une bonne heure. Comme il faisait chaud, je gardais le mélange au frigo pour éviter une polymérisation trop rapide. Le lendemain, même opération sous la planche. Un peu de ponçage, et voilà !

Version 2 - le même principe appliqué à un f-one 14'